28 février 2009
Saisonabilité du petrole
on garde bien au chaud ses positions uso, dxo ...
http://kevinsmarketblog.blogspot.com/
L'inflation sous 2%, votre épargne sous perfusion
L’inflation continue sa décrue. Elle a même enfoncé le cap des 2% en février. Fait-il s’attendre à ce que le repli des prix continue? Et quid de la croissance économique? De votre salaire? De votre épargne?
(mon argent/l'écho) - On avait plus vu ça depuis septembre 2007: le taux d’inflation est repassé sous les 2%. Cette baisse était attendue car un an plus tôt, les cours pétroliers végétaient à des niveaux plus élevés qu’aujourd’hui. Leur repli a donc mécaniquement entraîné le taux d’inflation à la baisse. La baisse des prix des matières premières a aussi joué un rôle prépondérant dans ce repli de l’inflation. De 2,32 % en janvier, l’inflation a donc pointé à 1,93 % en février.
En parallèle, l'indice des prix à la consommation est en hausse de 0,38 point sur un mois. Entre janvier et février, les voyages à l'étranger (+0.18 point) et l'essence (+0.1 point) sont les principaux responsables de cette hausse. Les fleurs, les communications GSM et les additions dans les restaurants ont augmenté dans une moindre mesure. A l'inverse, le gaz naturel, l'électricité et le mazout de chauffage sont eux devenus moins chers. Les légumes frais ont aussi baissé.
Déflation courte ou longue?
On sait déjà pour les prochains mois que l'inflation va encore fortement se contracter. Elle sera probablement négative en juin et juillet. C'est en effet à cette période que le pétrole a atteint des sommets (pic à 147 dollars le baril en juillet). La déflation pourrait-elle durer? "Il faut faire attention à l'inflation sous-jacente qui sera influencée négativement par la mauvaise situation économique. En d'autres termes, elle ne sera pas liée à l'énergie mais au chômage, qui va automatiquement tirer les revenus disponibles à la baisse", s'inquiète Ivan Van de Cloot, chief economist chez Itinera Institute, le groupe de réflexion basé à Bruxelles. "Je ne crois pas que l'inflation reprendra en fin d'année, comme le prédit le Bureau du Plan. Il est trop optimiste en tablant sur une décroissance de 1,9 % du PIB", prévient Ivan Van de Cloot.
Des salaires indexés?
"La déflation sera courte", estime à l'inverse Frank Lierman, chief economist chez Dexia Banque. "Il est acquis que l'indice santé, qui n'est pas biaisé par le facteur 'énergie', sera en hausse pour la fin de 2009. Même s'il y a un ralentissement de l'inflation, il y a une augmentation des prix sous-jacents. Ce qui entraînera probablement pour la fin de l'année le dépassement de l'indice pivot", argumente Frank Lierman. Or si l'indice pivot est dépassé, les salaires sont indexés. Ce qui stimulera le pouvoir d’achat, et la consommation…Baisse des taux : quel impact pour votre épargne ?
Ne vous en déplaise, à partir de la fin de semaine prochaine, il est probable que les rendements piquent à nouveau du nez. Déjà qu’ils avaient subi de plein fouet le recul des taux initié en septembre 2008, la nouvelle baisse attendue des taux ne fera pas le bonheur des épargnants… Explications.
Entre octobre et décembre, la Banque centrale européenne (BCE) a baissé son principal taux directeur de 4,25% à 2%. Cela ne pouvait rester sans impact sur la rémunération de l’épargne. Du reste, lors des précédentes diminutions de taux la BCE, les institutions financières avaient été assez promptes à revoir leurs tarifs à la baisse. Actuellement, trouver du 2,5% net sur un produit sûr (compte d’épargne, compte à terme, bon de caisse) à une échéance inférieure à un an, ce n’est déjà pas si mal !
Le jeudi 5 mars, nouveau coup de butoir probable au rendement de votre épargne: le consensus du marché table sur un nouveau repli de 0,5% du taux par les instances monétaires européennes. Voilà qui amènerait le principal taux de la BCE à 1,5%.
L’un des membres influents du directoire de la BCE, l’Allemand Axel Weber, est même en faveur d’un repli plus prononcé encore, à 1%. Quelle que soit l’ampleur de la baisse, comme lors des précédentes baisses, il est probable que les rendements à l’étal des banques soient de toute façon très rapidement adaptés (et sur les crédits? Affaire à suivre…). Un épargnant prévenu en vaut deux…
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Roubini : rien avant 2011
otto
Nouriel Roubini : «La réponse de la politique économique est insuffisante en Europe. La BCE a réagi trop peu et trop tard.»
Pour avoir prévu, dès 2006, l'éclatement de la bulle immobilière américaine et ses conséquences catastrophiques sur l'économie mondiale,ce professeur de New York est devenu une star, surnommée «Dr Doom» (Docteur Ruine).
LE FIGARO. - Vous êtes partisan de nationaliser certaines banques aux États-Unis. Pourquoi ?
Nouriel ROUBINI. - Il ne s'agit pas de nationaliser toutes les banques, mais seulement celles qui sont insolvables. La nationalisation temporaire, autorisant les pouvoir publics à faire le tri entre les bons et les mauvais actifs pour les revendre ensuite, est la meilleure solution. Le Japon, qui n'a pas procédé ainsi a dû subir un credit crunch pendant toute une décennie, alors que la Suède qui a nationalisé a pu assainir la situation bien plus vite. Entre les garanties, les apports de liquidités et les recapitalisations, le gouvernement américain a déjà consacré presque 9 000 milliards de dollars au soutien des banques dont il contrôle de facto une bonne part. Procéder à une nationalisation de jure, à 100 % du capital, permet d'agir mieux, de changer le management, de découper des institutions qui sont trop grandes pour faire faillite («too big to fail»). Alors que les consolidations faites jusqu'à présent - JP Morgan reprenant Bear Stearns et WaMu - ont accru les risques systémiques en créant des établissements encore plus difficiles à sauver.
Pourquoi les perspectives seraient-elles plus défavorables en Europe qu'aux États-Unis ?
La situation initiale n'était pas aussi mauvaise, qu'il s'agisse de la bulle immobilière, de l'épargne des ménages ou des comptes extérieurs. Mais le recul du PIB au quatrième trimestre 2008 est comparable et la récession aussi sévère. Cela s'explique par la transmission des chocs, à travers le commerce, le crédit, la monnaie, et par la réponse de la politique économique qui est insuffisante en Europe. La BCE a réagi trop peu et trop tard. En matière budgétaire, les pays qui ont le plus de possibilités, comme l'Allemagne, n'en font pas assez, et ceux qui en ont le plus besoin, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, n'en ont pas les moyens. Enfin les écarts de taux à l'intérieur de la zone euro sont très élevés, même si je ne crois pas à un risque de défaut d'État souverain. Par ailleurs certaines banques, qui ont pratiqué des effets de levier de 50 ou 60 fois leurs fonds propres, sont en grande difficulté, et se trouvent exposées sur les marchés émergents d'Europe de l'Est. Tout cela rend les conditions très difficiles dans la zone euro.
Quelle différence faites-vous entre récession et dépression ?
Une récession typique aux États-Unis dure douze mois en moyenne, avec un recul du PIB (produit intérieur brut) de 1 % à 2 %. Dans une dépression, la chute est beaucoup plus forte - elle peut atteindre 20 % -, et bien plus longue. Au-delà des questions de sémantiques, ce qu'il faut craindre c'est la « stagdéflation » comme en a connu le Japon pendant toute une décennie : une combinaison de croissance pratiquement nulle associée à une déflation des prix.La reprise à partir de quand ?Je n'en attends pas avant 2011, tellement les problèmes à régler sont nombreux. Et ce scénario, le plus favorable, implique toute une série de conditions en matière de politique monétaire et d'actions budgétaires. Nous n'avons aucune garantie.
par John Kosar sur Fast Money
Pour lui, possibilité de descendre un rien plus bas pour que les petites mains lâchent prise pour ensuite se retourner a la hausse si ce scenario ne se réalise pas, le prochain support du SP500 est a 600 pts
Le PIB US a chuté de 6,2% au 4e trimestre
Après le recul de 0,5% au troisième trimestre, c'est le deuxième trimestre consécutif de baisse du PIB, ce qui n'était pas arrivé depuis la récession de l'automne-hiver 1990-1991.
Dans le détail, les dépenses de consommation, qui contribuent en temps normal à plus des deux tiers de la croissance de l'économie américaine, ont reculé de 4,3% (contre 3,5% précédemment annoncé). Cette contraction, qui a contribué à hauteur de 3,01 points au recul du PIB, est la plus forte depuis 1980.
Les ménages ont particulièrement freiné leurs dépenses dans les biens durables (-22,1%, plus forte baisse depuis 1987), tout comme non durables (-9,2%, record depuis 1947), tandis qu'ils achetaient plus de services (+1,4%).

Le commerce extérieur, un relais de croissance important jusqu'en été, pèse désormais négativement sur l'activité, ayant enlevé 0,46 point de PIB. Les exportations ont en effet plongé de 23,6% (contre 19,7% dans la première estimation), plus fort recul depuis 1971.
L'investissement des entreprises est lui aussi en chute, de 20,8% (contre 12,3% précédemment annoncé), le plus fort recul depuis 2001. Il contribue à faire baisser le PIB de 3,11 points.
L'investissement privé dans le logement pèse lourdement, ayant reculé de 22,2% (contre 23,6% initialement annoncé).
Pour tenter de soutenir l'activité, les dépenses publiques ont apporté une contribution modeste: elles ont augmenté de 1,6% (contre 1,9% initialement), soit 0,32 point de croissance. Les efforts de l'Etat fédéral (+6,7%) contrastent avec la réduction des dépenses des Etats fédérés et collectivités locales (-1,4%).
Les actions américaines encore trop chères ?
D Pellecuer avec Bloomberg | JDF | 26.02.2009
FOCUS - Les dividendes ont chuté comme jamais depuis 1955. Les actions perdent ainsi un argument de poids face aux bons du Trésor.
A l’heure où se pose, partout dans le monde, la question de la répartition des profits de l’entreprise, et que Nicolas Sarkozy a appelé de ses vœux une répartition à tiers égales entre l’investissement, les actionnaires, et les salariés, une étude réalisée conjointement par la London Business School et le Credit Suisse, fait grand bruit.
Selon cette étude, décryptée par Michael Tsang de Bloomberg, les actions américaines rapportent 6% par an en moyenne depuis 1900, en données ajustées de l’inflation. Mais si on enlève les dividendes, le gain annuel tombe à 1,7%, soit un rendement inférieur aux 2,1% que rapportent les bons du Trésor.
Avec la crise, de nombreuses sociétés américaines ont dû réduire, voir renoncer au versement du dividende. Vingt six sociétés du S&P 500 ont économisé plus de 21 milliards de dollars en réduisant ou en suspendant les dividendes au titre de l’exercice 2008. C’est plus que lors de toutes les réductions cumulées entre 2003 et 2007, alors que l’indice progressait de 83%. Au total, 288 sociétés ont suspendu ou réduit leur dividende au dernier trimestre. C’est la première fois qu’autant de sociétés baissent leur dividende depuis la création de l’indice S&P 500 il ya 54 ans.
La conséquence directe de cette baisse des dividendes est que même si l’indice S&P 500 a fondu de moitié depuis ses plus hauts, il se pourrait que les actions soient encore trop chères. Si on évalue une action en fonction des dividendes futurs, les actions seraient même surévaluées de 46% selon l’étude.
Avec la baisse des dividendes, on peut se demander si cela vaut encore la peine de s’aventurer sur les marchés actions, par nature beaucoup plus risqués, et encore plus depuis l’automne, compte tenu du surcroît de volatilité. L’étude montre que depuis 1900, les revenus des dividendes ont représenté environ 70% en moyenne des rendements des actions des États-Unis ajusté de l’inflation. Un investisseur qui aurait misé un dollar en actions américaines au début du siècle aurait reçu en retour 582 $ en réinvestissant les dividendes, et en tenant compte de l’inflation. Sans les dividendes, le placement d’un dollar en actions, aurait rapporté seulement 6 dollars, soit bien moins que les 9,90 dollars qu’auraient rapporté un placement identique sur la dette long terme du Trésor.
Le S & P 500 a reculé de 18% depuis le début de l’année 2009, après une chute de 38% en 2008. Les bons du Trésor eux, ont rapporté 14% l’an dernier. Or, si l’on appréhende la valeur d’une action comme étant la somme des dividendes futurs, on s’aperçoit que les actions sont encore trop chères. Avec 25,3 dollars de dividendes qui seront détachés sur le S&P 500, il faudrait que l’indice tombe à 526 points pour que le S&P atteigne son cours d’équilibre.
27 février 2009
Le moteur de la future reprise économique
lupus

Une bonne nouvelle: la chine révise à la hausse la croissance économique
On pourrait diviser le monde entre les pays qui seraient la locomotive de la future reprise économique et les pays retardataires.
L’économie européenne sera, selon le FMI, très faible avec une croissance négative de plus de 2% en 2009 et une croissance presque nulle en 2010.
Les prévisions de la croissance américaine, selon le FMI, seraient de -1.6% en 2009 et de 1.6% en 2010, celles de la Chine seraient de 6.7% et 8% et celle de l’Inde de 5.1% et 6.5%. Ces trois pays représentent environ 45% du PNB mondial.
Toute reprise économique prévue au cours du 2e semestre de 2009, pour ces trois pays, est importante à suivre car c’est une condition essentielle pour entrainer les autres économies à la remorque.
Les toutes récentes prévisions de croissance pour la Chine en février sont révisées à la hausse, selon le gouvernement chinois, elles seraient de 7% et 7.5% cette année. Il semble que le plan de stimulation économique de 800 milliards$ lancé en novembre dernier porte fruit.
Pour l’Inde, les prévisions sont conformes aux estimations du dernier mois.
Si la croissance économique est favorable pour ces 2 pays émergents, il y a une incidence favorable sur l’économie canadienne puisque la demande pour les matières premières s’en retrouve favorisée.
Les investisseurs boursiers ont intérêt à suivre de près l’évolution de ces 3 économies, au cours de la 2e moitié de l’année. Le marché boursier, à mon avis, ne peut évoluer en territoire positif dans les prochains mois que si ces économies-là terminent leur décroissance au cours de l’automne.
William André Nadeau
Gestionnaire de portefeuille
25/2/09
Fiorentino 26/2/09
lupus
le yen plonge
Est ce qu'on n'assiste pas aussi au retour de ce qu'on appelait le carry trade?
Rappelez vous. A l'époque de l'euphorie sur les marchés, les spéculateurs empruntaient du yen à zéro pour cent pour prêter du dollar, de l'euro ou des monnaies comme le dollar australien à fort taux d'intérêt pour encaisser le différentiel de taux d'intérêt. Et bien, et c'est trés important. Le carry trade est de retour. C'est trés important car cela veut dire que les fonds spéculatifs se sont refaits une santé et qu'ils vont à nouveau être actifs. On va donc surement assister à un rebond des matières premières, pétrole en tête et c'est peut être un signe avant coureur d'un rebond des marchés. Le Japon sombre mais la spéculation renaît de ses cendres.
« Yes, he must ! », par François Leclerc
otto

Publié par Paul Jorion
Billet invité.
YES, HE MUST !
Pas toujours aussi direct, l’éditorial du Monde de mercredi analyse sans fioritures le discours de Barack Obama : après le « Yes, I can », nous avons eu droit au « Yes, we will », pour éviter un « Yes, he must », assène le quotidien vespéral. Le discours était effectivement plein de bonnes intentions, dont certains se traduiront sans doute dans les faits, mais également plein d’imprécisions, nous commençons à en avoir l’habitude. C’est le règne des bouts de ficelle qui se poursuit, dont chaque pelote coûte une fortune, mais on ne voit toujours pas s’annoncer cette refonte du capitalisme qui semble inévitable et dont l’avènement, s’il intervient, s’annonce lointain et laborieux. Sanction désormais habituelle, la réaction de Wall Street ne s’est pas fait attendre, les cours ont baissé, peut-être parce que les marchés ne savent plus à quel capitalisme se vouer.
Les éléments de cette refonte se mettent pourtant progressivement en place, isolément les uns des autres. Il est donc possible d’essayer de les mettre bout à bout. De tirer le petit fil rouge de la raison, comme disait Rouletabille. De raisonner dans un monde très déraisonnable.
Le commerce international connaît une forte contraction des échanges, alors que Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, stoïque et persévérant, vient de lancer un énième appel à conclure les négociations du cycle de Doha, si ce n’est pour la gloire, tout du moins pour l’histoire. Cette contraction relativise tous ces discours contre le protectionnisme que nous entendons. Mais de quel poids pèsent les mesures incontestablement protectionnistes que l’on a pu enregistrer, face à ce mouvement de repli involontaire car dû à la récession économique ? Il est parfois jugé préférable de combattre des moulins à vent que d’affronter la tempête.
Quelles conséquences peuvent découler de cette contraction ? Sur la croissance de nombreux pays, dont celle des pays émergents dont la prospérité reposait essentiellement sur le commerce extérieur, cadeau désormais empoisonné de la mondialisation des échanges ? Sujet plus sensible, sur les excédents commerciaux de certains pays, qui servaient à financer les déficits des autres ? Le sort du Japon, deuxième détenteur mondial de bons du Trésor US, répond à cette dernière question. Il a connu en janvier un déficit commercial de 7,9 milliards d’euros, selon le ministère des finances, et les exportations ont chuté ce même mois de 45,7% sur un an, tandis qu’une chute de 10% de la production industrielle du mois est attendue par rapport au mois précédent.
Alors que les besoins de financement des dettes publiques croissent à toute vitesse, les excédents commerciaux qui contribuaient à les financer diminuent, voilà une observation dont il va bien falloir tirer les conséquences. Nous y reviendrons plus loin.
On comprend mieux, maintenant que son taux de croissance diminue, sur quoi reposait l’économie mondiale et au prix de quels déséquilibres négligés (présentés sous le jour flatteur et trompeur d’une division du travail rationnelle, d’une élévation de la productivité et d’un recul de la pauvreté). Peu probable, toutefois, que les décideurs envisagent autre chose que des ajustements et des rééquilibrages de leur modèle, préférant opposer leur mondialisation au protectionnisme dont seraient immanquablement coupables leurs critiques, encore un commode moulin à vent.
Ces mêmes décisionnaires (pour parler comme eux), semblent décidés à plus d’audaces, toutes relatives nous le verrons, à propos de la reconfiguration des grandes institutions financières, de l’extension de leurs rôles et de la définition de leurs nouveaux instruments. Que ce soit à propos du FMI ou des banques centrales. Nous allons assister à la mise au point chaotique d’un véritable mécano dans ce domaine, dont les lignes générales sont déjà ici ou là évoquées. Deux grandes idées émergent. L’extension des prérogatives des banques centrales, qui est déjà de fait aux USA, et, beaucoup plus délicate, celle d’une sorte de gouvernance mondiale aux contours allant faire l’objet de multiples marchandages. Le nouveau partage des pouvoirs entre G7 et G20, encore indécis, n’est qu’un avant-goût de ce que sera la traduction institutionnelle finale de l’affaire.
C’est Dominique Strauss Kahn, directeur général du FMI, qui a été le plus explicite à propos de ce chantier, à l’occasion d’une réunion parisienne de l’OCDE il y a une semaine, en y déclarant : « …il faut que les banques centrales ne soient plus seulement en charge de la politique monétaire au sens traditionnel et des risques inflationnistes, mais globalement de la stabilité macro financière », ajoutant que « le partitionnement des organismes » qui gèrent l’économie et la finance mondiale était nocif. En d’autres termes, il faut simplifier tout le dispositif et la BCE devait quant à elle s’impliquer dans la croissance et l’emploi, à l’instar de la Fed. Restera un petit détail à régler, si cela se concrétise, comment concilier l’indépendance formelle de la BCE, dans l’exercice de ses nouvelles responsabilités transnationales, avec celles jusque là entièrement dévolues à des gouvernements issus nationalement du suffrage universel ? Les spécialistes du droit constitutionnel international ont de beaux jours devant eux.
Mais ce mécano institutionnel, aussi important soit-il, n’est rien à côté du mécano financier qui va devoir être parallèlement monté. La question est sans échappatoire possible, comment financer à moindre coût le sauvetage des institutions financières et les plans de relance économique ? Par la création monétaire des banques centrales, une fois certains plafonds d’endettement atteints ? Les idées ne semblent pas encore très arrêtées et la question fait fortement débat en Europe. On a surtout entendu aux USA Ben Bernanke, président de la Fed, assurer sans hésitation que celle-ci saurait retirer rapidement du marché les liquidités dont elle l’inonde, quand le moment sera venu, comme si l’on pouvait en douter et s’il se préparait à inonder encore plus le marché sans craindre de provoquer demain une inflation carabinée. Il y a, dans cette crise, un aspect singulier. Ce sont avec de massives injections de liquidités que l’on combat les effets d’une bulle (une cloque), qui n’en finit pas de crever, et qui a pour origine leur trop grande abondance…
Le problème est qu’il n’y a que des mauvaises manières d’assurer ce financement. Soit la planche à billet sans compter, soit un endettement monstrueux des Etats. Nous sommes partis pour que ce soit les deux. Et que, pour ce dernier cas, la détente globale actuellement constatée sur les taux du marché obligataire public soit très provisoire et se retourne, alourdissant encore plus les charges futures de remboursement ou de refinancement des Etats. La contraction des excédents commerciaux qui contribuaient à absorber une part importante des obligations d’Etat ne pouvant qu’accélérer ce processus.
Sans trop s’avancer, il va bien falloir prendre le taureau par les cornes et faire à chaud ce que l’on a pas fait à froid, c’est à dire reconfigurer le FMI autrement qu’à dose homéopathique. Pas uniquement afin de redistribuer en son sein les cartes et les quotes-parts (ainsi que les droits de vote associés), afin de mieux refléter la réalité économique d’aujourd’hui, mais également afin de toiletter du sol au plafond le dispositif des droits de tirages spéciaux (DTS), et de considérablement le renforcer. Afin d’utiliser cette monnaie crée pour et par le FMI afin de sortir du choix impossible entre deux modes de financement tout aussi lourds de conséquence pour l’avenir. Une solution qui permettrait de mutualiser à l’échelle de la planète et d’une manière relativement indolore les financements. Evitant de tendre la main aux Chinois, comme Hillary Clinton a dû le faire à Pékin. Aidant les petits pays, étranglés par les taux qui leur sont consentis. Passant par dessus l’obstacle des statuts de la BCE, qui lui interdisent de voler au secours d’un Etat de la zone euro. Réglant, enfin, le problème des moyens actuels du FMI, très insuffisants, et pour lesquels aucun Etat ne se précipite pour contribuer, hormis le Japon. Mais l’on mesure par avance ce que de telles dispositions vont demander de volonté politique et d’efforts pour balayer les obstacles et de sens du compromis pour y parvenir.
Cette reconfiguration du FMI et des DTS est naturellement réservée à des apartés discrets, elle a toutefois été évoquée par Martin Wolf, dans le Financial Times, qui relayait un papier de Morris Goldstein, membre du Peterson Institute for International Economics, un prestigieux think tank de Washington. On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas ce que Gordon Brown, premier ministre britannique, avait dernièrement en tête en parlant de la nécessité d’un « grand marchandage », alors que l’on annonçait par ailleurs sa rencontre avec Barack Obama, pour laquelle il faisait antichambre.
Il est vrai que cette solution a un peu un côté lapin que l’on tire du chapeau et qu’elle suppose un accord international, qui n’est pas acquis si l’on observe le désordre ambiant, mais elle retirerait une énorme épine du pied à tout le monde. Un autre de ses avantages serait que l’utilisation de DTS pourrait être mieux encadrée, qu’ils pourraient être plus facilement retirés de la circulation afin de contrôler la montée de l’inflation, alors que les liquidités des banques centrales sont, elles, très disséminées sur le marché et beaucoup moins aisées à faire remonter aux maisons mères, une fois qu’elles sont dans la nature.
D’autres chantiers importants attendent les restructurateurs potentiels, mais ils ne sont pas de première urgence. Il leur faudra bien, tous ces problèmes d’intendance résolus, affronter une forte contradiction. Ils chercheront à relancer la machine à fabriquer du crédit au niveau qu’ils estimeront être son régime normal, en s’entourant cette fois-ci d’un peu plus de précautions. Barack Obama vient d’annoncer de nouvelles mesures en ce sens, sans autre forme de procès. Gordon Brown également, mais uniquement pour l’immobilier. Avant d’ouvrir les vannes en grand, ils attendront d’avoir mis en œuvre des mesures de régulation, qui font déjà l’objet de farouches batailles, s’ils ont la patience d’attendre de s’être mis d’accord entre eux. Mais ils devront d’autre part tenir compte de l’enseignement qu’ils tirent eux même de la crise actuelle, le fait qu’elle résulte d’une politique systématique des banques centrales de bas taux d’intérêt. On voit mal comment s’assurer de ne pas reproduire cette erreur n’aboutirait pas à un resserrement du crédit. Avec ses conséquences sur la croissance économique et sur le développement de nouvelles inégalités sociales, car cela rejetterait en dehors de la sphère de la consommation à crédit les couches sociales les moins favorisées. Seule solution pour l’éviter, ouvrir un peu la boîte de Pandore de la clé de distribution du profit, alors que celui-ci ne va plus bénéficier du jackpot du casino. Aucune réaction n’est à ce jour enregistrée, qui permettrait de penser que ceux qui contrôlent sa distribution ont l’intention de discuter de sa répartition.
C’est pour éviter de se trouver dans cette contradiction que les régulateurs de demain modèrent leurs élans réformateurs, c’est un euphémisme, dès lors qu’il s’agit des instruments financiers sophistiqués et malfaisants dont tout le monde connaît désormais les dénominations ésotériques sans en avoir néanmoins percé les mystères insondables, y compris pour les banquiers. On va parler d’encadrement, d’enregistrement, de contrôle, de chambres de compensation, de coopération juridique, mais on n’ira pas au-delà. L’excès de liquidité mondiale a entraîné de véritables cloques sur de nombreuses classes d’actifs : l’immobilier, les matières premières, les marchés actions, les produits titrisés. Pouvons-nous raisonnablement espérer que certaines d’entre elles vont être retirées du terrain de jeu ? Non, il va nous être expliqué que ces instruments financiers sont indispensables au fonctionnement de l’économie moderne et que toutes les petites précautions seront prises.
Peut-être, encore plus tard, quand les frayeurs se seront dissipées, sera-t-il temps d’évoquer d’autres questions de fond, en suspens parce qu’elles dérangent. Une grande partie des indicateurs économiques qui font référence, et qui alimentent beaucoup de raisonnement savants et justifient des décisions économiques et financières décisives, sont fondamentalement sujets à caution, on le sait. Il ne s’agit plus de mettre en cause des statistiques trop incertaines et parfois manipulées, mais de parler méthodologie. Plus de douter des statistiques de l’emploi ou de mesure du pouvoir d’achat, mais d’aller au cœur du sujet. De s’interroger, pour commencer, sur trois indices : le PIB, l’inflation et la masse monétaire M3. Afin, disons le brièvement, de soustraire pour le premier la destruction des richesses à la mesure de cette dernière (ce qui semblerait aller de soi), d’élargir le champ des mesures des biens de consommation à celui du prix des actifs dans le cas de l’inflation, et d’introduire les actions dans le calcul de M3, aux côtés des billets et pièces en circulation, des dépôts à vue, à terme inférieurs à 2 ans et des OPCVM monétaires. On y verrait certainement un peu plus clair dans la macro économie.
Un dernier dossier, glissé tout en bas de la pile, devra être ouvert par la suite, signalé pour mémoire. Celui du statut du dollar comme monnaie réserve. C’est le pendant naturel de la réforme du FMI.
L’actualité du jour impose de redescendre sur terre et met en perspective assez douloureusement cette prospective.
Une halte à Bruxelles s’impose, car Jacques de Larosière, ex-directeur du FMI, y a présenté mercredi les conclusions du groupe d’experts chargé de faire des recommandations en matière de supervision financière. La création d’un « comité européen du risque systémique », dirigé par le président de la BCE et regroupant les gouverneurs des banques centrales de toute l’Union européenne, BoE comprise, est préconisée. Est également proposé d’instituer un « Système européen de superviseurs financiers » composé de trois « autorités » respectivement chargées des banques, des assurances et des marchés boursiers, qui chapeauteraient les superviseurs nationaux. Une belle usine à gaz destinée à ne mécontenter personne. Pour les propositions du groupe d’experts à propos de la régulation des fonds spéculatifs, des investissements dans les sociétés non cotées en Bourse, et sur les systèmes de rémunérations dans le secteur financier, il faudra attendre début avril, après le G20.
La Commission a par ailleurs rendu publiques ses recommandations sur le sort devant être réservé aux actifs toxiques. Les « lignes directrices » commentées par Neelie Kroes, commissaire à la concurrence, ont finalement pour plus modeste vocation « d’apporter de la coordination aux plans » nationaux. Elles imposent « une transparence totale, avec une publication des actifs avant l’intervention gouvernementale », ainsi qu’une méthodologie pour identifier les actifs douteux et les évaluer. La méthodologie préconisée évacue l’évaluation des actifs au prix du marché, inexistant, pour s’en tenir à leur « valeur économique ». Qu’est-ce que la « valeur économique » ? Une estimation réalisée par « des experts indépendants et certifiée par les contrôleurs des banques ». A partir de là, rien n’est dit mais tout est possible.
Pour une fois en veine de jargon communautaire, la commissaire a reconnu pour justifier la minceur de son annonce « Ce n’est pas une exagération de dire que c’est un travail d’Hercule. Nous devons remettre de l’ordre dans une sacrée pagaille ». « Beaucoup suspectent les banques de cacher la vraie ampleur de leurs pertes. », a-t-elle ensuite déploré. Suite à des travaux fructueux, la Commission a décidé de laisser les membres de l’Union européenne agir par ailleurs comme ils l’entendent, se contentant d’énumérer les solutions possibles: création d’une bad bank, système de garanties, nationalisations… « Nationaliser les banques pourrait être une possibilité en ce moment, mais j’espère sincèrement qu’après la crise il y aura une voie de sortie » a tenu à préciser Neelie Kroes.
Des documents de la Commission continuent par ailleurs de fuiter et l’agence Bloomberg en a profité. Une note de la Commission de préparation du dernier G7 de Rome, intitulée « Recent exchange rate developments - G7 preparation », s’inquiète en particulier de la chute rapide de la livre anglaise, qui « pose des questions sur la stabilité financière de l’économie britannique ». La faiblesse de la livre est une sources de préoccupation pour la zone euro », poursuit la note. L’agence remarque que « ce rapport contredit l’argumentation de Gordon Brow, premier ministre, tenu le 13 février dernier, selon lequel une devise affaiblie aiderait plutôt qu’elle ne gênerait l’économie. Une livre dont la valeur est descendue de 18% par rapport à l’euro accentue les préoccupations des investisseurs à propos de la santé financière britannique, alors que le gouvernement accroît sa dette afin de financer les sauvetages bancaires. »
Qui sont les meilleurs économistes?
lupus
Par Emmanuel Garessus LE TEMPS 27/2/09
Une étude zurichoise fait le classement des économistes les plus titrés. Elle montre que l’intérêt pour la profession et ses figures marquantes est assez récente.
Les trois économistes les plus titrés de l’histoire sont américains. Il s’agit de Milton Friedman (50 «Awards»), Jeffrey Sachs (42) et William Baumol (34), selon l’étude d’un économiste suisse réputé au plan international, Bruno S. Frey, et sa collègue de l’Université de Zurich Susanne Neckermann. La recherche sur des prix qui récompensent les meilleurs économistes (1) démarre à peine. Etrangement, c’est un domaine qui a longtemps été délaissé par les académiciens. Le seul travail approfondi date de 1972, avec Hansen et Weisbrod, et il se lamentait précisément sur l’absence d’intérêt de la profession pour ce secteur.
Frey et Neckermann utilisent le «Who’s Who in Economics» et les 1168 économistes qui tentent d’y révéler des tendances.
Il en ressort en premier lieu une énorme concentration sur un petit nombre de chercheurs, de pays et d’universités. 80% des prix sont allés à des Américains et 13% à des Européens, dont la moitié des Britanniques. L’Asie, l’Océanie, l’Amérique du Sud et l’Afrique sont presque complètement absents.La Suisse fait bonne figure avec huit récompenses.
Au sein des institutions, Harvard obtient 9% du total des prix, devant le MIT, Berkeley et Chicago. Mais le seul économiste libéral Thomas Friedman a obtenu davantage de prix que tous les économistes d’Oxford et Cambridge. Et en dehors des universités anglo-saxonnes, on ne trouve guère que Stockholm, Tel Aviv.
Depuis les années 1990, une multitude de récompenses a vu le jour: Les deux plus célèbres prix pour économistes sont le Nobel et la John Bates Clark Medal décernée par l’American Economic Association. Mais la diversité des prix s’est fortement accrue: l’Association européenne des économistes accorde trois prix différents, les associations régionales, nationales, et même sectorielles (économie de l’agriculture par exemple) ne sont pas en reste, de même que les revues spécialisées (Journal of Financial Economics, Journal of Finance).
Le manque d’intérêt des chercheurs est attribué par Frey et Neckermann à la moindre efficience de cette récompense qu’une rémunération monétaire. Le prix est aussi le fruit d’un effort et du succès et non sa cause. Il ne motive qu’indirectement, dans la mesure où il assure un bénéfice matériel supérieur à l’avenir. Mais certains prix très richement dotés sont peu connus, comme le prix Balzan en Suisse. Enfin, les difficultés méthodologiques pénalisent la recherche dans ce secteur. A l’avenir, la recherche devrait porter sur l’optimum possible du nombre de prix à décerner et les tendances au sein des régions et des secteurs.
Au moment où, après l’Islande, d’autres pays menacent de sombrer, un autre travail de recherche qui vient de nous parvenir mérite une mention, celle du FMI sur le coût du défaut d’un pays sur sa dette internationale (2). L’étude se penche sur quatre types de coût, la réputation, l’exclusion au commerce interntional, l’affaiblissement de l’économie domestique et les coûts politiques. L’étude met en lumière un effet négatif très significatif, mais aussi assez bref pour les trois premiers coûts. Quant aux aspects politiques, le défaut se traduit habituellement par un changement de gouvernement.
(1) Awards in Economics towards a new field of inquiry, Bruno S. Frey, Susanne Neckermann, CESifo, working paper 2515, january 2009
(2) The costs of sovereign default, Eduardo Borensztein et Ugo Panizza, IMF Working paper WP/08/238


















